Niaiseries, Canderel et Benzos. Et prises de sang.

Salut je m'appelle Péa et avant je m'inventais des névroses pour me donner de la contenance. J'étais trop hype. Maintenant j'assume mon bonheur. Nettement plus chiant, j'en conviens.

vendredi 6 novembre 2009

I'm a reasonable man, get off my case, get off my case.

Je viens de me réveiller d'une longue sieste. Je suis humide, moite, et j'ai la peau qui me tire. Comme si elle était devenue trop étroite pour me contenir. Mes pieds me brulent, probablement à cause de la pluie de ces derniers jours qui me les a déshydratés.

J'ai peur d'être seul. Je réalise cela maintenant. Etre seul, finir seul a toujours été mon ambition, mon but. Mais maintenant que je perds Clémentine, j'ai peur.

Hier je lui ai fait part de mes doutes concernant mes sentiments. Je n'arrive plus à savoir si je l'aime ou s'il ne s'agit qu'un attachement très fort, lié à l'habitude et aux souvenirs communs. Je ne lui avais rien montré ; conserver les apparences était difficile au début mais j'ai rapidement compris la technique. Je pensais toutefois qu'elle verrait aux bouquets de roses, aux sucettes en forme de coeur, que tout cela n'était pas naturel. Je n'étais plus moi-même, je n'étais plus à l'aise. Je me contentais de me comporter comme elle le voulait. D'agir comme un pantin qui la satisferait. Pour ne pas qu'elle s'inquiète, pour qu'elle reste dans une bulle de bonheur. Complexe du messie quand tu nous tiens.
Et éventuellement, parfois, j'arrivais à retrouver ces moments magiques qu'on avait au début. Ces instants de complicité, de détente, de spontanéité. Mais ils étaient de plus en plus rares. Leur présence me retenait toutefois de penser au mot RUPTURE. Et le respect que j'avais pour elle, et mes sentiments (quels qu'ils soient) m'empêchaient de la tromper. Parfois j'aurais voulu la tromper, je me dis que ça aurait tout rééquilibré. Un peu comme Hank Moody dans Californication. Mais je n'y arrivais pas ; je le sais, je suis toujours bien trop poli pour ça.

Elle a été surprise, choquée, outrée, vexée, et violemment attristée par tout ce que je lui ai déballé. Je tremblais, je pleurais presque, quelques larmes ont même coulé je crois, j'avais déjà avalé du Valium et du Lexomil pour être sur de ne pas trop paniquer. J'aurais voulu attendre un peu plus avant de tout lui cracher à la gueule, mais le contexte était là, elle attendait, elle posait les questions qui allaient inévitablement mener au drame. Et elle ne le savait même pas. Je lui ai expliqué que la rupture n'était pas quelque chose que j'envisageais. Que je voulais changer la donne entre nous, que je voulais retrouver le doute, la peur de la perdre. Une femme acquise n'est pas une femme attirante. Elle était bien trop acquise. Quand elle sortait je n'avais même pas peur qu'elle me trompe ; je savais bien qu'elle m'aimait bien trop pour ça. Je ne souffrais pas assez.

Et c'est quand je balance des inepties pareilles que je réalise que le bovarysme est en réalité intrinsèque à la nature humaine. Que oui, Péa sait ce qui est bon pour lui et agit en tant que tel ; mais qu'au final j'ai aussi besoin de souffrance, de problèmes, de drames. Ma vie s'était engluée dans une pâte faite de perfection, de chance, de timing impeccable, de succès. Et croyez moi, cette vie est totalement merdique. Jamais personne ne trouvera le bonheur dans l'équilibre, je pense maintenant en être certain. Et je sais également que le bancal me fera souffrir. Mais je préfère ça à une existence en carton pâte. Je ne veux pas savoir que les petites filles de 4 ans qui jouent à la barbie fantasment sur ma vie. Non.

Clémentine a eu cette phrase très juste hier soir "Quand tu es amoureux Pierre-Alexandre, tu perds tout ce que tu es et que tu aimes. La solitude, la liberté, l'indépendance. Je ne t'apporte rien, je suis une contrainte". Et je n'ai pas su quoi répondre. Bien sur qu'elle m'a apporté énormément, sans elle mes progrès en société auraient été bien moindres, ma propension au spleen aurait explosé en P1. Mais il est vrai que mon indépendance est capitale. Et je suis resté interloqué, sa phrase sonnait bien trop série télé, mais se pretait au contexte. Peut-être que ça joue aussi. I mean, j'ai peut-être peur de m'engager. Je pensais être passé OUTRE ces conneries. Visiblement non.
Ceci étant je ne trouve pas que Clémentine fut étouffante. Bien au contraire. Je sais qu'elle est quasiment la femme de ma vie : jamais femme ne m'aura aussi bien compris et autant accepté. Notre relation aurait pu durer des années. S'il n'y avait pas eu mes doutes. Je suis totalement paumé, je ne sais pas quoi penser, j'ai l'impression que toutes mes opinions sont sur une sinusoïde. Ce n'est pas nouveau, je changeais d'avis constamment. Mais la fréquence de la courbe est devenue hallucinante, plus rien n'est stable, figé, solide dans ma tête. Et j'ai la sensation de retomber en terminale. Dans ma période de déprime adolescente. Seule la bande son a changé. Je tiens énormément à elle et voulait recommencer, en lui demandant de ME faire souffrir. Je crois qu'elle préfère rompre. En tout cas son statut familial FACEBOOK (symbole ultime pour nous, la génération msn) a déja rompu avec moi. Pour le moment je ne dramatise pas, je lui laisse le temps de digérer, que la colère s'apaise, et de retenter quelque chose. Et accessoirement, je ferais bien de trouver mes réponses.

Les histoires d'amour à 18 ans sont tellement bidons. Yet, j'ai l'impression que toute ma vie se barre en couille.

ET JE N'ARRIVE MEME PLUS A RELATIVISER.

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jeudi 15 octobre 2009

Please Do.

"Dommage que la SNCF ne gère pas les saisons, l'hiver aurait été retardé au moins. Ou annulé."

Un monsieur s'est assis à coté de moi dans le bus ce midi, et m'a abordé avec cette phrase. J'ai ri, parce que c'était drôle, mais aussi parce que je sentais déja que j'en avais pour une demie-heure de discussion unilatérale. Les gens seuls repèrent ma gentillesse et ma patience. Ils viennent TOUJOURS vers moi pour parler. Toujours. Ils me disent "Moi, j'aime pas les barbus. TU VEUX SAVOIR POURQUOI ?" ou bien me demandent quel nouveau portable choisir. Et moi, je reste là, à sourire de la situation, à chercher -en vain- quelqu'un du regard, à entretenir la discussion, à essayer d'en tirer quelque chose moi-même.

"Tu sais, moi j'ai pas de chance sur Terre. Les croyants disent que ça s'arrangera au ciel. Mais quand j'ai pris l'avion, ils avaient plus de Coca. J'aime que le coca moi.".

Je réalisai subitement qu'en vingt minutes de conversation, le mec en face de moi, chomeur, soi-disant handicapé, père de deux filles (étaient-elles bonnes ? cette question me taraude encore.) ; avait réussi à sortir deux très jolies phrases, pleines d'esprit. J'aime quand les cas sociaux du bus me parlent. Je ne comprends pas ces gens qui tournent la tête, qui ne leur répondent pas, qui changent de place. Je peux très bien arrêter d'écouter The XX sur mon mp3 pour discuter.

QUEL SENS DE L'ABNEGATION.

Puis le monsieur m'a tendu un mouchoir, il voyait que je reniflai bruyamment ; j'avais un paquet de kleenex dans ma poche, mais j'étais trop comprimé entre le mur et le monsieur pour tenter de l'atteindre. Je suis malade depuis que je suis rentré de mon week-end d'intégration.


J'avais appréhendé ce WEI. Et comme toujours, je suis revenu totalement béat, épanoui, plus que satisfait. Si j'étais parti surexcité, je serai revenu déçu. MAINTENANT J'AI DES AMIS. Après ma première année de médecine pendant laquelle j'ai observé les gens, la seconde consiste en un CONTACT REEL, je leur parle.


Hier midi je me suis fait draguer par une jolie brunette à la cantine. Je m'étais assis seul, en attendant L. et A. (deux ami(e)s de Fac), et elle s'est assise en face de moi, ses amis étant juste à coté. Je n'aime pas avoir quelqu'un en face de moi quand je mange, alors instinctivement, sans réflechir, je me suis décalé. "Ca m'aurait pas dérangé de manger en tête à tête." lança-t-elle en souriant. J'eus envie de crier un "ALLUMEUSE" puis un "Mais moi si.". Mais j'ai juste balbutié quelques paroles confuses genre "instinctif, pas contre toi, blabla" et suis resté à ma place. Puis elle a rougit et ses copines ont rit. Je me suis senti un peu bête alors j'ai dit que "Nan mais je voulais pas te vexer hein, je veux bien manger face à toi", et alors que je pensais qu'elle dirait "nan mais c'est bon", elle a en réalité répondu "Okay, mangeons face à face alors". S'en est suivie une discussion assez sympathique, la fille avait l'air vive, je ne me souviens plus de son prénom (ces jours ci mon cerveau n'emmagasine plus les prénoms. J'ai toujours eu une mémoire PRENOMIQUE formidable, presque psychopathique en fait ; mais depuis mon WEI, mon cerveau sature et n'enregistre plus les prénoms. Je dois déja m'habituer à ceux de mes nouveaux amis.). C'est là que L. et A. sont arrivés. La brunette sembla décue, je crois qu'elle en voulait vraiment à mon corps. TOUTES LES MEMES. Bien que je ne me trouve que très peu séduisant à cause de mes cheveux trop longs. Je les coupe samedi. L. informa ma brunette que "Il n'est pas seul. Dans les deux sens du termes." et la brunette (juive séfarade surement) a du croire que L. était ma copine.


L. m'a touché le dos cette après-midi et a laché un "Ha mais t'es musclé du dos, vraiment." qui m'a fait rire. J'ai évité de lui répondre que "Tu viens de toucher la seule partie musclée de mon corps...", je me dois d'entretenir le MYTHE. En sortant avec Clémentine j'avais eu l'impression d'être confronté à un AUTRE MONDE, une classe sociale bien supérieure à la mienne, et tout un tas de conneries comme ça. Quand je vois les photos fb de L. je réalise que Clémentine et tout Neuilly appartient en réalité à la même caste que moi. L. est le level AU DESSUS. C'est là que je vois qu'il existe des MONDES PARALLELES dont j'ignore totalement l'existence (comme les règles du Polo par exemple. QUI CONNAIT LES REGLES DU POLO HEIN ?). Et pourtant, je m'entends très bien avec elle.


La maladie m'emporte doucement, une fille (L. aussi, mais pas la même.) avec qui j'ai bu un thé hier m'a envoyé par sms ce soir que "J'AI LA GRIPPE A, FAIS ATTENTION, METS UN MASQUE.". Cimer. Je vais mourir. JE VAIS MOURIR. Cela m'évitera de souffrir de l'absence de Clémentine et de Leïla quand elle partira à l'étranger, C'EST TOUT BENEF. Clémentine me manque de plus en plus, nous avons de moins en moins de moments ensemble, je ne la vois que trop peu. Elle est en école d'ostéo à l'autre bout de Paris, moi je suis malade et je bosse ; nous ne voyons jamais. Sexuellement, je m'en fous, une aprèm de baise toutes les trois semaines me suffit ; mais elle me manque. Cette année (et toutes celles à venir) vont être lourdes. Je réalise que j'ai atteint un stade dans ma relation qui consiste en l'égalité suivante : "Clem = Famille". Même si ma mère me saoule un jour, ou que mon père a pleins de défauts, ils restent mes parents. Clémentine reste ma copine même si je la vois peu, même si parfois je ne la comprends pas. C'est comme si le lien était immuable parce qu'impossible à remettre en question. C'est étrange. La quintessence de la routine en fait. Routine = Equilibre, donc cela me convient parfaitement.

Je tousse, je m'en vais, me cacher pour mourir tranquillement.

 

ADIEU.


 

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samedi 19 septembre 2009

This is Religion.

Le seigneur est parfois bien cruel avec moi. Me donner les moyens de serrer tout ce que je veux, mais m'en empecher en exaltant ma propension à me culpabiliser. Je suis hônnete. Fidèle. MAIS JE SUIS ASSAILLI DE TOUS LES COTES.

T. par exemple. Cette fille est probablement l'incarnation même de ma femme idéale. Physiquement parlant hein ; intellectuellement elle n'est pas réellement parfaite (si tu nous lis hein, ne le prends pas mal.). Hier soir, dans la rue, raccompagnant Clémentine à son bus, nous tombons sur T. (Clémentine savait que T. et moi avions eu une brève idylle en Terminale (UN BISOU SUR LA BOUCHE) qui s'était soldé par un "Non j'ai peur de m'engager" contré par mon désormais culte "Tu n'es qu'une pute inculte T.".). En me voyant au bras de ma blonde, T. s'est contenté de passer sa route en m'adressant un distant "Je suis malade, désolée" sans s'arrêter.

Puis, en rentrant chez moi :

      T. 23 septembre, à 20:29                         

Le Dr Lasica aurait-il le temps de prendre un petit verre un de ces jours? En plus j'ai besoin d'une petite consultation à domicile, j'ai la maladie ...

Oui. Je pense que ça pose le personnage. GROSSE SALOPE PUTAIN. Après un premier sentiment de fierté, j'ai juste ri. La dignité n'a jamais caractérisé T. mais quand même. Et je compte la laisser mariner quelques jours pour lui répondre que "Non, malheureusement, ton offre a beau être tentante, je pense qu'il vaudrait mieux éviter, je doute que ma copine apprécie. TU SAIS, LA BLONDE QUI ME TENAIT PAR LA MAIN QUAND TU MAS VU." (vous noterez cependant que je ne tue pas complètement ses espoirs : elle m'aime depuis la quatrième, ce serait dommage de détruire sa vie. Et puis si Clémentine me trompe cette année, j'aimerais avoir un déversoir à portée de main, je pense que c'est une assurance à prendre.)

Je suis incapable de la tromper. Je l'aime, mais ce n'est pas que ça. Ce n'est pas que l'amour. On peut aimer et tromper, j'en suis persuadé (spéciale dédicasse Mai.). La fidélité n'est pas un concept découlant de l'amour. C'est moral. C'est de la politesse, du savoir-vivre. De l'intelligence aussi, on évite de se créer des problèmes inutiles. Les gens idiots se complaisent dans ce genre de problèmes. J'aime penser que ma volonté d'éviter ces AVENTURES est un signe d'intelligence et de maturité. NON EMMA BOVARY, JE NE SUIS PAS COMME TOI voudrais je crier sur les toits de Paris.

JE SUIS MORAL.

Je réalise ainsi que le travail éducatif de mes parents porte ses fruits : je suis over responsable et respectueux et poli. J'aurais beau passer ma vie à jouer le misanthrope, le blasé, je sais maintenant que la politesse, l'abnégation, le sens de l'effort et des responsabilité sont des AUTOMATISMES. Je dois avoir le complexe du messie et un perfectionnisme proches du pathologique ; toujours est-il que JE QUITTE OFFICIELLEMENT LE GROUPE DES MECS QUI SE LA JOUENT MISANTHROPES ALORS QUE PAS DU TOUT. Xaphan, tu recevras ma lettre de démission par envoi recommandé dans la semaine ; ainsi que ma carte de membre.

Ceci étant, il me reste d'autres mini-névroses en stock pour continuer d'alimenter mon blog et m'empêcher de dormir. TOUT VA BIEN. Et si un jour je parviens à avoir l'épanouissement dans mon coeur, je pourrais toujours écrire des histoires sur des vampires à paillettes qui vont au lycée. Tout est ok. De toute façon pour le nombre de lecteurs que j'ai hein... Je vais commencer à mettre des photos de moi tout nu pour attirer en masse un public féminin, qui passe déja son temps à me regarder dans les rues (soyez plus discrètes, Clémentine n'apprécie que très moyennement vos regards appuyés) ; et qui sera content de voir mon corps ainsi dévoilé. TOUTES LES MEMES. TOUTES DES SALOPES.

Je suis fatigué. BONNE NUIT.

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samedi 5 septembre 2009

Give Blood.

J'écoute Arcade Fire, ça me revient parfois par période, Funeral est un classique que je dois écouter deux ou trois par an en fait, toujours à la même période, quand je commence à sentir que les journées se raccourcissent, quand je rentre chez moi et qu'il fait nuit, que je n'ai pas encore mon gros caban sur moi, mais que mon pull en molleton ne suffit plus vraiment à me tenir chaud, et que je serre très fort le bandeau de ma besace, comme si le vent voulait me l'arracher ou qu'elle allait me tenir chaud.

Je sors de l'hôpital à 20h30, j'arrive ainsi généralement chez moi vers 21h30. Le trajet me laisse le temps de me vider un peu l'esprit en lisant Lolita (oui, j'ai eu du mal à le finir, la fin est LOURDE, mais j'y suis parvenu, je commence Dedalus de Joyce.), et en écoutant Foals ou The Twilight Sad. En rentrant, un thé déthéiné, un yaourt, et dodo. Je suis épuisé.

Les deux premiers jours de mon stage ont été INSTRUCTIFS. Je ne trouve pas d'autre mot, je n'ai rien fait d'autre que de servir des repas, rapporter les plateaux repas, intacts, parce que OUI, la chimio ça coupe l'appétit, puis j'ai jeté cette nourriture dans la poubelle, car elle aurait pu être contaminée par les patients (oui, en plus d'avoir le cancer la plupart d'entre eux se tape un staph doré ou une E.coli qui sont multi-résistants.). Parfois aussi j'ai aidé Mathieu, un noir, gay (forcément), beau, sympa, mais qui poussait la lenteur de chacun de ses gestes jusqu'à la limite même de la notion de lenteur, en dépassant parfois même le concept, et restant immobile, fixant une bassine d'eau, sans respirer, sans bouger, pendant qu'une patient de 60 ans attendait, les jambes écartées, qu'il lui lave la chatte ; chose qu'il faisait avec cette même apathie, qui, contrairement à ce que l'on pourrait penser n'allait pas de paire avec une minutie du geste. Et je le regardais, exaspéré, tout en évitant de fixer la zone de la petite toilette, parce que MESDAMES, sachez le, votre chatte sera absolument immonde après votre ménopause (ce qui, au final, tombe bien, vu que vous ne vous en servirez que très peu...).

Ma libido s'en retrouve d'ailleurs totalement anéantie, la vision de toutes ces vulves (avec souvent une fistule entre le vagin et l'anus. UNE FISTULE ETANT UN CANAL S'ETANT FAIT SPONTANEMENT, VOUS IMAGINEZ LE RESULTAT.) décrêpies m'a definitivement dégouté du sexe féminin. (ou pas.)

Parfois j'aidais le deuxième aide-soignant, GAY AUSSI, méditérrannéen en puissance, wannabe-acteur qui n'a jamais dépassé le stade de la figuration dans quelques téléfilms passés inaperçus. Dynamique, drôle, sympa, beau. C'était déja plus agréable. Quand bien même il ait dévellopé cette faculté étonnante qu'ont les homosexuels à se plaindre constamment en gémissant et en accentuant certaines syllabes.

J'essayais aussi de me rendre utile, en allant par exemple renouveller le contrat télé d'une patiente, en bas, à la Codiam. En arrivant à l'office qui s'en occupe, je tombe sur une brune, yeux clairs, assez jolie, avec une montre D&G, synonyme de distinction et d'élégance, qui me fit un ENORME sourire. Puis elle tenta de flirter avec moi, je décidai de ne pas l'encourager et me contentai de sourire vaguement à ses tentatives de séduction, préferant que notre relation reste strictement professionnelle.

Dans les couloirs, je suis assailli de "bonjour", j'ai comme l'impression qu'il s'agit d'une convention entre soignants. Tout le monde se salue. Et dans un hopital, un trajet entre le 6ème étage et le rez de chaussée représente un nombre relativement conséquent de "Bonjour", accompagnés d'un sourire, le plus souvent.

Entre deux torchages j'étais avachi sur une chaise de la salle des AS. Un frigo immense. Immense. Rempli de tous les yaourts humainement imaginables ; un placard débordant de madeleines, de palmiers, de sablés, de fourrés ; des étagères cédant presque sous le poids de briquettes de jus d'oranges, de pommes, de raisins, des tiroirs pleins de biscottes, de confitures, de beurre, de sucre. Le chocolat, le café, le thé, le lait coulent à flot d'une machine à café, GRATUITEMENT. Charlie et la Chocolaterie n'était qu'une version Goulag-style de la vie à l'hôpital. Je vais devenir obèse avant la fin de mon stage.

Au bout de deux jours de changements de couches, de ramassages de plateaux-repas, j'ai été dire aux infirmières que je n'étais censé passer que deux jours avec les AS. Tous mes potes se tapent deux semaines.

LA RUSE A FONCTIONNE. Je suis enfin épanoui et me sens utile. Je remplis des perfs de Tranxène, je donne de l'atarax à mes patients, je prends leurs constantes. Les infirmières se sont battues pour que je prenne leurs tensions à l'ancienne, au manomètre et au stéthoscope. Je change les perfs, je demande à des patients qui ne parlent pas francais :
"COMMENT EVALUEZ VOUS VOTRE DOULEUR DE ZERO A DIX ?"
"*blabla en mandarin*" (ou parfois "*blabla en arabe*")
Et c'est à moi d'évaluer selon son intonation si elle a des nausées, des vertiges, une douleur constante, ou alors des pics de douleurs, et tout et tout.

Le cancer est en réalité TRES éloigné de ce qu'on voit à la télé. Ce n'est pas un "je perds mes cheveux alors je mets une perruque, je vomis deux fois par jour mais je fonctionne." comme Lynette Scavo. Non, c'est plutot "Je ne suis même plus capable de me lever, de faire mes besoins, de manger, de dormir, de respirer, mais j'ai encore mes cheveux". Bizarrement je n'ai pas réellement de pitié, de peine pour les patients. Je les aide autant que je peux et je suis aussi gentil que possible, mais je ne ressens pas vraiment de tristesse à leur contact. Je n'ai pas cette compassion qu'on voit dans les séries médicales.

Les familles sont plus difficiles à gérer. La patiente va crever, anyway, c'est trop tard. MAIS SON MARI. Il a même pas 40 ans et va perdre la mère de ses enfants, il vient tous les jours, lui parle alors qu'elle est totalement défoncée au tranxène ; et ça, ca me fait de la peine et j'ai du mal à gérer.

Ou un patient qui nie totalement son cancer et se cache derrière un comportement d'enfant, parle comme un petit garçon et à peur des soins infirmiers ; pendant que son épouse chiale sa race devant nous.

C'EST FORMIDABLE HEIN. J'ai des moments de déprime, quand je commence à penser au fait qu'on ne doit pas réanimer certains patients si leur coeur lâche "parce que ce serait inutile", mais globalement je vais bien, je ne suis pas trop impliqué, ni ému. J'imagine que c'est plus difficile pour certains, mais je m'en sors bien. Je rigole avec les infirmières, l'ambiance est détendue (HEUREUSEMENT.) , et je parviens même à me passer du Valium avant de dormir, alors qu'en sortant du CHU je n'ai qu'une envie : une orgie de benzos. (surtout depuis que mon infirmière m'a parlé des TS aux urgences : même en me tapant la boite entière de lexomil je n'aurai rien. VICTOIRE.)

Aujourd'hui, après ma première piqure, je me suis senti tout béat une fois la chose accomplie ; je suis rentré dans l'office des Infirmières en levant le poing et criant "JAI FAIT MA PREMIERE PIQUUUUUUURE.", avec un sourire ecstatique.

L'interne de garde, une bonnasse (encore), n'arrête pas de me fixer, mais c'est loin d'être le regard du "je te veux", non, c'est pas du tout ça. Je n'arrive pas encore à savoir ce qu'elle me veut en fait, donc je ne lui adresse pas la parole : elle me fait peur. Elle m'a dit "Salut" cet après midi, elle tenait un carambar caramel à la main et je ne lui ai même pas répondu, je me suis contenté de lui dire que l'infirmière voulait la voir ; elle doit penser que je ne l'aime pas, contrairement à l'étudiant qui est avec moi (mais le matin), et qui lui parle tout le temps.

Je suis épanoui. Je suis bien. Chacunes de mes découvertes, des choses que j'apprends me rend juste bêtement content. Oui, TOUT VA BIEN.

Posté par Pea L à 01:21 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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